pekinois

Cette nuit j’ai rêvé que je coupais la tête d’Hélène avec une scie. 

Ca n’a sans doute rien à voir avec le fait fait qu’elle m’ait laissé en plein milieu de l’entrée une banderole avec des piquets carrés, épais comme des parpains, disant « LAISSEZ LES PROFESSEURS A LEURS ELEVES » alors que mon appartement est déjà encombré - encombré n’est pas le bon mot, il faudrait dire recouvert intégralement par l’appartement de ma mère que j’ai apporté dans sa quasi totalité. J’ai donc actuellement deux appartements, l’un au dessus de l’autre, un premier fait de meubles dégorgeant de papiers et de vêtements que je ne porte plus depuis des années (le mien), et un autre par dessus, fait d’autres meubles et de cartons dégorgeant d’autres vêtements que je porte encore moins puisque ce sont les miens quand j’avais trois mois, d’autres papiers dont les neuf dixièmes sont sans doute inutiles mais je ne le saurai qu’après les avoir triés, de jolies choses dont je n’ai pas besoin et de tas d’objets moches que je ne peux décemment pas jeter parce que c’est tout de même ma mère qui les avait gardés.

Je ne sais pas comment font les autres gens.

Les autres gens aussi, ça doit leur arriver, forcément, je ne leur veux pas de mal mais un jour leurs parents meurent et alors ils doivent vider leur appartement, et alors comment font-ils, les autres gens, pour ne pas rester perplexes devant la petite statuette espagnole en pain peint ramenée de Sitges ? Comment font-ils, quand ils se retrouvent face à leur propre collier de nouilles de fête des mères ou le bol barbouillé à la gouache, religieusement conservés dans une vitrine  ?

Et comment font-ils, les autres gens, quand ils ont entre les mains le pékinois naturalisé transformé en boîte (la tête se soulève, et c'est creux à l'intérieur, je vous jure que c’est vrai, si vous insistez, je vous le montre, c’est Vicky, le chien de ma grand-mère gardé par ma mère sur la cheminée).

Jeter Vicky, c’est quasiment une profanation de sépulture.

J’ai décidé d’enterrer le chien-boîte Vicky dans le jardin de Chatou.

Il reste tout le reste.

J’ai calculé, si je m’y mets sérieusement ce matin, j’aurai fini dans neuf ans.